Déclinaison sectorielle de notre étude sur la place de la REP dans l'économie circulaire
Matérialisation très concrète du principe « pollueur-payeur », la France a inventé, de manière précurseure et visionnaire, les filières à Responsabilité Élargie du Producteur (REP) dès les années 1990.
Puissant outil de financement, à l'origine conçu pour la collecte, la massification et le recyclage des produits en fin de vie, la REP a progressivement vu ses missions s'étendre à l'ensemble des piliers de l'économie circulaire. Elle est aujourd'hui devenue le recours privilégié et systématique des pouvoirs publics pour mettre en œuvre les ambitions politiques relatives à l'économie circulaire. Avec quels résultats ?
Dans le gros électroménager, des initiatives très structurées préexistaient à la REP EEE : réparateurs indépendants, réseaux de solidarité comme Envie ou Emmaüs sont engagés depuis des dizaines d'années. La création de la filière il y a 20 ans a-t-elle permis de passer ces modèles à l'échelle ? La loi AGEC, votée il y a 6 ans, a-t-elle permis une montée en puissance de tous les acteurs — anciens et nouveaux — en fabriquant des appareils mieux éco-conçus, en allongeant réellement leur durée de vie et en recyclant mieux ?
Le 22 avril 2026, EC2027 organisait avec le soutien de Bpifrance, des tables rondes.
En réunissant toutes les parties prenantes de l'économie circulaire du gros électroménager — fabricants, réparateurs, reconditionneurs, recycleurs, pouvoirs publics, financeurs, opérateurs, consommateurs — cette conférence poursuit trois finalités :Des succès, enjeux et limites de la transition circulaire de la filière, et du rôle de la REP qui lui est associée.
Celles qui incombent à chaque partie prenante : pouvoirs publics prescripteurs de la REP, metteurs en marché adhérents financeurs, éco-organismes opérateurs, et bénéficiaires de la REP.
Pour construire une véritable stratégie économique et industrielle au service de l'accélération de la transition circulaire, en repositionnant l'outil « REP » à la place la plus efficiente, parmi d'autres leviers à actionner et à articuler entre eux.
Au-delà des constats réglementaires, cette table ronde a mis en lumière l'émergence d'une ambition collective : faire de l'économie circulaire la matrice d'un nouveau projet sociétal, économique et écologique global.
En amont des débats, la restitution de l'étude menée pendant 18 mois par EC2027 avec le soutien de l'ADEME a posé un diagnostic sans concession : la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) ne peut plus être « l'alpha et l'oméga » de la transition. Les analyses révèlent trois limites systémiques majeures qui bloquent aujourd'hui le changement d'échelle des modèles circulaires.
Une focalisation excessive sur le recyclage des déchets, au détriment de la réparation et du réemploi.
Une dépendance trop forte à la REP, alors que d'autres leviers sont indispensables : industrie, fiscalité, formation, innovation, financement, réglementation.
Une gouvernance centrée sur les producteurs, laissant une place limitée aux autres acteurs de la création de valeur.
Un message fort à retenir : l'économie circulaire est devenue un projet industriel de souveraineté.
infrastructures matures, indicateurs au rendez-vous — mais la fiabilité décroche
Au rendez-vous
Signaux d'alerte
quelles limites imputables à la REP, quelles limites imputables à d'autres leviers ?
L'allongement de la durée de vie peine à trouver un équilibre financier stable. 70 % de l'occasion transite directement de particulier à particulier (C2C), privant les reconditionneurs professionnels des meilleurs flux.
La filière est prise en étau : un amont qui ne conçoit pas durable — l'éco-conception reste le point mort des arbitrages de la REP, faute de bonus-malus assez agressifs — et un aval qui manque de réparateurs, ces métiers moins rémunérateurs n'attirant plus les jeunes.
« Peut-on être payeur parce que pollueur, acteur du réemploi et décideur sur la répartition du gisement à la fois ? » L'État doit mieux contrôler la loi AGEC, réguler les « passagers clandestins » qui contournent l'éco-contribution, et cesser de voir la REP comme l'unique levier.
Monopole des flux : les acteurs traditionnels captent à la source les 10 à 15 % d'appareils à forte valeur, fragilisant les structures solidaires. Low-cost étranger : les importations massives à bas coût (notamment de Chine) écrasent les prix et asphyxient le réemploi local.
quelle place pour la REP, quels autres outils actionner ?
L'économie circulaire s'impose comme un levier de compétitivité, de réindustrialisation et de souveraineté.
Elle conditionne réparabilité, réemploi et recyclage : jusqu'à 80 % des freins à la circularité se jouent dès la conception, selon l'ADEME.
La France dépend à 90 % des importations sur réfrigérateurs, lave-vaisselles et lave-linges. Le réemploi et la remanufacture pèsent déjà 1,5 Md€ de valeur ajoutée, avec un potentiel de 20 000 à 30 000 emplois locaux d'ici 2030.
Contrairement à l'automobile (75 % de seconde main) ou aux smartphones, le GEM demande du temps long et de la visibilité sur la demande. La mauvaise application de l'article 58 de la loi AGEC prive les industriels de débouchés publics stables. Il ne s'agit plus d'inventer les solutions, mais de les rendre robustes économiquement.
La lenteur fragilise les pionniers faute de volumes. Pour accélérer, il faut un nouvel imaginaire axé sur la fierté de réparer — un « nouvel âge des lumières » contre la débauche électronique complexe qui érode la durabilité.
La révision de la REP D3E (directive européenne et cahier des charges français à partir de fin 2026) est l'occasion d'ajuster l'outil sans renier ses acquis.
L'économie circulaire est désormais un enjeu de souveraineté économique, industrielle et stratégique, dans un contexte de compétition mondiale pour l'accès aux ressources. Si la REP demeure fondée sur le principe du pollueur-payeur, elle doit s'inscrire dans une stratégie nationale plus ambitieuse, cohérente et territorialisée.
Les leviers prioritaires
Le changement d'échelle passera par
Conclusion de Marta De Cidrac, Sénatrice des Yvelines, Vice-Présidente de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, Présidente du Groupe d'études du Sénat sur l'économie circulaire.