Accélérer la transition circulaire du gros électroménager : Quelle place pour la REP ?

Déclinaison sectorielle de notre étude sur la place de la REP dans l'économie circulaire

CONTEXTE ET AMBITIONS DE L'APPROCHE

Matérialisation très concrète du principe « pollueur-payeur », la France a inventé, de manière précurseure et visionnaire, les filières à Responsabilité Élargie du Producteur (REP) dès les années 1990.

1990s
Naissance des premières filières REP en France avec la filière des emballages.
2005
Déclinaison à la filière des Équipements Électriques et Électroniques (EEE), dont relève le gros électroménager.
2020
La loi AGEC confie à la REP des missions centrales : éco-conception, réparation et réemploi des produits.

Puissant outil de financement, à l'origine conçu pour la collecte, la massification et le recyclage des produits en fin de vie, la REP a progressivement vu ses missions s'étendre à l'ensemble des piliers de l'économie circulaire. Elle est aujourd'hui devenue le recours privilégié et systématique des pouvoirs publics pour mettre en œuvre les ambitions politiques relatives à l'économie circulaire. Avec quels résultats ?

Des modèles circulaires antérieurs à la filière

Dans le gros électroménager, des initiatives très structurées préexistaient à la REP EEE : réparateurs indépendants, réseaux de solidarité comme Envie ou Emmaüs sont engagés depuis des dizaines d'années. La création de la filière il y a 20 ans a-t-elle permis de passer ces modèles à l'échelle ? La loi AGEC, votée il y a 6 ans, a-t-elle permis une montée en puissance de tous les acteurs — anciens et nouveaux — en fabriquant des appareils mieux éco-conçus, en allongeant réellement leur durée de vie et en recyclant mieux ?

Le 22 avril 2026, EC2027 organisait avec le soutien de Bpifrance, des tables rondes.

En réunissant toutes les parties prenantes de l'économie circulaire du gros électroménager — fabricants, réparateurs, reconditionneurs, recycleurs, pouvoirs publics, financeurs, opérateurs, consommateurs — cette conférence poursuit trois finalités :

1
Dresser un état des lieux partagé

Des succès, enjeux et limites de la transition circulaire de la filière, et du rôle de la REP qui lui est associée.

2
Identifier les pistes d'action

Celles qui incombent à chaque partie prenante : pouvoirs publics prescripteurs de la REP, metteurs en marché adhérents financeurs, éco-organismes opérateurs, et bénéficiaires de la REP.

3
Alimenter le débat d'idées

Pour construire une véritable stratégie économique et industrielle au service de l'accélération de la transition circulaire, en repositionnant l'outil « REP » à la place la plus efficiente, parmi d'autres leviers à actionner et à articuler entre eux.

RESTITUTION DES ÉCHANGES DU 22 AVRIL 2026

Au-delà des constats réglementaires, cette table ronde a mis en lumière l'émergence d'une ambition collective : faire de l'économie circulaire la matrice d'un nouveau projet sociétal, économique et écologique global.

En amont des débats, la restitution de l'étude menée pendant 18 mois par EC2027 avec le soutien de l'ADEME a posé un diagnostic sans concession : la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) ne peut plus être « l'alpha et l'oméga » de la transition. Les analyses révèlent trois limites systémiques majeures qui bloquent aujourd'hui le changement d'échelle des modèles circulaires.

Focalisation excessive sur le recyclage

Une focalisation excessive sur le recyclage des déchets, au détriment de la réparation et du réemploi.

Dépendance trop forte à la REP

Une dépendance trop forte à la REP, alors que d'autres leviers sont indispensables : industrie, fiscalité, formation, innovation, financement, réglementation.

Gouvernance centrée sur le producteurs

Une gouvernance centrée sur les producteurs, laissant une place limitée aux autres acteurs de la création de valeur.

Un message fort à retenir : l'économie circulaire est devenue un projet industriel de souveraineté.

20 ans de filière GEM

Des objectifs atteints, des signaux qui inquiètent

infrastructures matures, indicateurs au rendez-vous — mais la fiabilité décroche

Au rendez-vous

65 %
taux de collecte (dépassé)
80 %
taux de recyclage franchi
90 %
valorisation globale dépassée
~30
usines dédiées au recyclage
1 M
réparations enregistrées
34 M€
de bonus versés aux consommateurs

Signaux d'alerte

−3 %
de fiabilité du GEM entre 2023 et 2025
12 → 8
ans d'usage moyen d'un lave-linge
36 %
des Français font réparer leurs appareils
1 %
achètent du GEM reconditionné — le « plafond de verre » à briser en bâtissant un reconditionné de confiance
Table ronde n°1 État des lieux

20 ans d'économie circulaire dans le GEM : succès et limites

quelles limites imputables à la REP, quelles limites imputables à d'autres leviers ?

La « guerre du gisement »

L'allongement de la durée de vie peine à trouver un équilibre financier stable. 70 % de l'occasion transite directement de particulier à particulier (C2C), privant les reconditionneurs professionnels des meilleurs flux.

Un double blocage industriel

La filière est prise en étau : un amont qui ne conçoit pas durable — l'éco-conception reste le point mort des arbitrages de la REP, faute de bonus-malus assez agressifs — et un aval qui manque de réparateurs, ces métiers moins rémunérateurs n'attirant plus les jeunes.

Une gouvernance à réinventer

« Peut-on être payeur parce que pollueur, acteur du réemploi et décideur sur la répartition du gisement à la fois ? » L'État doit mieux contrôler la loi AGEC, réguler les « passagers clandestins » qui contournent l'éco-contribution, et cesser de voir la REP comme l'unique levier.

Des défis structurels

Monopole des flux : les acteurs traditionnels captent à la source les 10 à 15 % d'appareils à forte valeur, fragilisant les structures solidaires. Low-cost étranger : les importations massives à bas coût (notamment de Chine) écrasent les prix et asphyxient le réemploi local.

Table ronde n°2 Stratégie industrielle

Une stratégie nationale pour accélérer la transition

quelle place pour la REP, quels autres outils actionner ?

L'économie circulaire s'impose comme un levier de compétitivité, de réindustrialisation et de souveraineté.

L'éco-conception, premier levier

Elle conditionne réparabilité, réemploi et recyclage : jusqu'à 80 % des freins à la circularité se jouent dès la conception, selon l'ADEME.

Un moteur de réindustrialisation

La France dépend à 90 % des importations sur réfrigérateurs, lave-vaisselles et lave-linges. Le réemploi et la remanufacture pèsent déjà 1,5 Md€ de valeur ajoutée, avec un potentiel de 20 000 à 30 000 emplois locaux d'ici 2030.

Le changement d'échelle, principale difficulté

Contrairement à l'automobile (75 % de seconde main) ou aux smartphones, le GEM demande du temps long et de la visibilité sur la demande. La mauvaise application de l'article 58 de la loi AGEC prive les industriels de débouchés publics stables. Il ne s'agit plus d'inventer les solutions, mais de les rendre robustes économiquement.

Un déploiement encore trop lent

La lenteur fragilise les pionniers faute de volumes. Pour accélérer, il faut un nouvel imaginaire axé sur la fierté de réparer — un « nouvel âge des lumières » contre la débauche électronique complexe qui érode la durabilité.

Faire évoluer la REP pour la prochaine phase

La révision de la REP D3E (directive européenne et cahier des charges français à partir de fin 2026) est l'occasion d'ajuster l'outil sans renier ses acquis.

  • Renforcer les bonus-malus d'éco-conception, financer la logistique et le foncier de stockage, déployer la collecte préservante (préconisations DGE).
  • Remplacer l'objectif global de 2 %, jugé peu lisible, par des cibles différenciées par produit assorties d'obligations de moyens.
  • Accélérer la formation et structurer le recyclage des plastiques, métaux et matières critiques.
Conclusion

De la gestion des déchets au projet de souveraineté

« L'enjeu n'est plus seulement de gérer les déchets, mais de faire de l'économie circulaire un véritable projet industriel et de souveraineté porté par l'État. »

L'économie circulaire est désormais un enjeu de souveraineté économique, industrielle et stratégique, dans un contexte de compétition mondiale pour l'accès aux ressources. Si la REP demeure fondée sur le principe du pollueur-payeur, elle doit s'inscrire dans une stratégie nationale plus ambitieuse, cohérente et territorialisée.

Les leviers prioritaires

  • Massifier les filières circulaires pour que les collectivités intègrent plus de réemploi dans leurs achats.
  • Responsabiliser l'ensemble des metteurs en marché, y compris ceux qui échappent encore à l'éco-contribution.
  • Territorialiser l'économie circulaire en s'appuyant sur les régions et les collectivités.
  • Une stratégie nationale portée au plus haut niveau de l'État pour coordonner les politiques publiques.

Le changement d'échelle passera par

  • Une stratégie interministérielle de long terme
  • Une gouvernance plus ouverte
  • Une meilleure territorialisation des politiques publiques
  • Une simplification des cadres réglementaires
  • Un soutien accru à l'éco-conception, au réemploi, à la réparation et au recyclage

Conclusion de Marta De Cidrac, Sénatrice des Yvelines, Vice-Présidente de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, Présidente du Groupe d'études du Sénat sur l'économie circulaire.

Par ordre d'intervention

Les intervenants

Pierre-Emmanuel Saint-EspritPrésident d'EC2027
Isabelle AlbertalliDirectrice Climat et biodiversité, Bpifrance
Alexandre TanayVice-Président d'EC2027
Patrick RichardDirecteur Clients et Services, Ecosystem
Tess PozziAffaires publiques, Derichebourg Environnement · Présidente DEEE, FEDEREC
Laetitia VasseurDG et cofondatrice, ONG Halte à l'Obsolescence Programmée (HOP)
Gaetane LemarchandDirectrice de la transformation environnementale, Boulanger
Guillaume BalasDG, Fédération Envie (Union du Réemploi Solidaire)
Guy PezakuCEO, Murfy
Martin HacpilleCEO, EverEver
Arthur FournyDirecteur de projets Économie Circulaire, DGE
Bastien RambaudCEO, Vesto
Vincent GuffletCOO, Fnac Darty
Cécile MichelResponsable d'investissement, Banque des Territoires
Marta De CidracSénatrice des Yvelines, Groupe d'études du Sénat sur l'économie circulaire
Stéphan ArinoSecrétaire général d'EC2027 · Affaires publiques Europe de l'Ouest, Tomra
Sophie FabreExperte Transition environnementale et circulaire, Bpifrance
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